Tour de Suisse en Courant : run trip

Stéphane Abry St Gothard

Mon run trip

Décidément, nous n’avançons pas tous à la même vitesse dans la vie. Ma réflexion se veut là philosophique car ces 15 journées de Tour de Suisse en Courant ont bouleversé d’une part mes croyances et ont confirmé certaines visions que j’ai de la vie et de l’ultramarathon. La vitesse de progression dans la vie, la mienne en tout cas, une fusée de 18 à 30 ans et un escargot depuis. Mon cerveau est un feu d’artifice formé de bouquets de 1001 questions journalières. Depuis quelques mois je sais enfin ce que je veux faire quand je serai grand. Il a fallut encore passer des épreuves, celles par exemple de faire le deuil de certains aspects de ma vie (ceux qui décidément ne fonctionnent pas/plus) et oser être « en aller vers » de nouveaux. Se retrouver avec soi-même à encaisser les douleurs sur les routes de Suisse permet entre autre de descendre dans son inconscient, d’y pêcher des images, des mots/maux et de faire ensuite le point, consciemment. Mon run trip de 15 jours, au-delà du défi physique (kilomètres, dénivelés, chaleurs, blessures), m’a servi à faire le point. L’aventure ne fait que commencer !

La cantonale

Tour de Suisse - Stephane Abry - Troisieme etape 3En suivant les routes cantonales je délimitais clairement mon parcours et fixais les règles du jeu. Je reste convaincu de ce choix malgré une ou deux frayeurs (j’ai en mémoire ce 4×4 BMW qui a frôlé de très près mon pote Sébastien Réby du Team Univers Running sur la 3ème étape). Par moment le flux très important de circulation était particulièrement stressant, surtout quand le corps et l’esprit étaient à bout. J’ai par moment emprunter les chemins de traverses pour retrouver du calme. Mais ces cantonales m’ont fait voir du pays, j’ai ma boîte à images internes remplie de paysages montagneux grandioses. Des flashes quand j’y repense me font voir des lacs, des cascades, des oiseaux, des cols, des sommets… J’ai décidé de graver tout cela dans ma petite tête d’ultramarathonien et de ressortir ce trésor quand j’en aurai besoin, juste pour me faire du bien.

Le physique & le mental

Quand on pratique l’ultramarathon, ma foi, les douleurs, les soucis intestinaux, les maux de ventre, les jambes en bouillie, les frottements font Stéphane Abry St Gothard murspartie de l’expérience. Quand on le sait c’est déjà plus simple à gérer. Il est guère possible de comparer l’ultramarathon à une autre épreuve de course à pied ou alors pour en démontrer les grandes différences (gouffres) qui font la différence. Ce que je veux dire, c’est que tout est démultiplié sur une course de longue distance. Je dépense entre 5000 et 6000 calories par jour. Je bois entre 8 et 10 litres par jour. Le moindre accroc prend une ampleur incroyable. Je le dis de plus en plus mais l’ultra est une pratique subtile (soins, alimentation, hydratation, vitesse, improvisation, patience…).

J’ai discuté avec Elisabeth Gianadda (présidente de la Fondation Enfants Papillons) du corps et du mental. Au final qui décide ? Ma réflexion qui pourra encore changer et évoluer est la suivante. Mon corps dès les 4 premières heures de course (donc dès le départ de la 1ère étape) me faisait déjà mal (quadriceps). Evidemment la douleur est tout à fait acceptable et supportable à ce moment là. Mais si j’écoute mon corps, je stoppe. Plus tard les différents bobos, même s’ils paraissaient impressionnants vus de l’extérieur, ne m’ont jamais fait douter pour l’avenir. Je savais par expérience qu’il n’y aurait pas de séquelle. En revanche quand je stoppe à environ 70 km de l’arrivée, je sais que si je continue avec un genou gauche qui ne tient plus, ma santé physique est en jeu. Donc, tant que notre vie ou santé ne sont pas en jeu, notre mental peut nous faire faire des choses extraordinaires. Dès que la vie et la santé sont en jeu alors il faut à mon avis savoir raison gardée.

Si je me retrouve au milieu du désert avec un genou défaillant et que je risque ma vie alors là il me faut continuer à avancer pour sauver ma peau. Dans mon activité je n’y donne aucun sens. Cela n’engage que moi car d’autres ultramarathoniens ont un avis différent et tout à fait respectable sur le sujet.

Donc j’en viens à constater (avec l’appui d’études sur le Tor des Géants et l’UTMB) qu’il est essentiel de trouver l’équilibre entre le corps et l’esprit pour qu’ils fonctionnent ensemble et non l’un contre l’autre.

Sentiments, impressions

11063426_10204926462345381_9123664152211964557_oJ’ai la preuve via mon médecin du sport et les analyses sanguines que mon corps récupère vite. Pour le moment pas d’explications concrètes, certainement un peu de génétique, d’une bonne écoute de mon corps et de mes besoins et de l’expérience qui commence à porter ses fruits. Ca c’est bon pour le moral et pour aborder sereinement les autres ultras qui m’attendent.

Au fil des jours, je me suis aperçu que le principal pour moi était de courir. Qu’une étape fasse 50 ou 80 km n’avait plus autant d’importance qu’au début du périple. Difficile à expliquer ce ressenti alors qu’il y a aussi des moments de souffrance, que courir fait tout autant partie du « mal » que de la « guérison ». En fin de compte la course devient machinale. A partir d’un certain moment, pas précis à vrai dire, courir est une évidence.

Je ne referai pas ce Tour de Suisse en Courant d’une part car je veux garder cette expérience unique et d’autre part car je connais maintenant les routes 😉

Run trip d’avenir ?

Stephane Abry fontaineOui je pense au prochain projet. J’ai besoin de vivre ces moments. Ils sont mon équilibre, mes rêves à réaliser. Courir est ma manière de m’exprimer dans la vie. Alors le prochain ultra « made in Abry » sera de toute beauté avec une approche complètement différente. Les bases sont posées… reste à vous en dire plus prochainement et à le courir !